Libris

  • Les vacances au bord de la mer de Véronique OLMI

    mer.JPGParce que ce n'est plus de saison.
    Parce que je n’ai pas eu l’occasion de faire de billet sur ce roman qui m’avait beaucoup plu…

  • Chroniques du monde émergé

    Je n’arrive pas à lire autre chose en ce moment… L’histoire est prenante avec de nombreux rebondissements…J’aime beaucoup le rôle qui est assignée à l’héroïne,  Nihal et point de manicchéisme : les bons sont aussi des gens emplis d’ambiguité (comme dans la vraie vie).

    L'histoire de Chroniques du monde émergé

    Nihal vit avec son père l’armurier Livon (le meilleur des 8 terres Emergées), elle grandit à Salazar (l’une des tours-cités de la Terre du Vent) dans l’insouciance et la liberté. Nihal est particulière : elle a des cheveux bleus et des oreilles en pointe.

    Un jour, l’armée du Tyran vient conquérir ou plutôt anéantir la cité… Nihal va découvrir sa véritable identité et elle n’aura de cesse de vouloir se venger… Solitaire, elle arrive pourtant à se lier d’amitié avec Sennar, un magicien entré au Conseil des Mages, avec Laïo, le jeune garçon qui voudrait devenir écuyer et Ido, le gnome son maître d’armes et chevalier du Dragon mais patience, patience… Ido n’apparaît que dans le second tome…

    Cette histoire est éditée chez Pocket jeunesse, l’auteur est Licia TROISI… Pour qui aime la fantasy, foncez… Comme je le mentionnais plus haut, Nihal est un personnage féminin fort et combattif qui aspire à la vengeance et qui a dû mal avec sa féminité et ses sentiments…

    Les personnages ne sont donc ni tout noir, ni tout blanc… Parfois on peut trouver le ton du roman un peu moralisateur mais l’auteur pose des questions pertinentes sur la mort et en particulier sur le sens de la vengeance, sur le sens de la mort en temps de guerre, sur l’amour (sur les émois amoureux ou les attirances physiques), sur le courage (qu’est ce que le courage  finalement ?) sur les liens d’amitiés qui se tissent ou se déchirent, sur la différence…

    Voîlà de quoi satisfaire sa curiosité ou plutôt réflêchir sur le sens de la vie, de sa vie et du cheminement que l’on fait…

    A noter qu’il y a une série de trois tomes qui fait suite aux Chronques du monde émergé et qui s’intitule "Guerres du Monde Emergé"… Je ne sais pas encore si l’on retrouve Nihal et Sennar dans cette trilogie…

  • livre : Marilyn, Dernières Séances de Michel Schneider

    marylin.JPGPassionné par Marilyn, je le suis depuis l’enfance.

    D’abord l’image de cette blonde en robe blanche qui vole au dessus d’une bouche de métro, puis quelques films, et enfin sa vie –son insoutenable histoire. Norma Jean Baker, simplement. A la sortie de ce livre, en 2006, j’avais longtemps tourné autour, avant de me résoudre à attendre la sortie en poche. Et puis, il y a quelques semaines, je tombe sur un Folio, dont la couverture était celle d’une femme blonde langoureusement enroulée dans des draps de soie blanc, les yeux mi-clos, la peau pâle. Seules ses lèvres, d’un rose éclatant rends une tache de couleur.

    S’il existe la photo noire & blanc, on pourrait inventer pour Marilyn celle blanche et blanche, juste pour elle. Marilyn. Rien que Marilyn. Le livre se découpe en une multitude de chapitres, qui sont autant de flash back sur des lieux, des dates, des histoires. Beaucoup de retour en arrière, d’ellipses, qui servent à merveille ce récit hautement documenté sur la relation ambiguë entretenue en le docteur Greenson et sa plus célèbre patiente, Marilyn. Marilyn le rencontre en janvier 1960 et ne le quittera pas jusqu’à ce jour d’août 1964 où elle trouvera la mort. Entre temps, de nombreuses séances psychiatriques, des tournages de films éprouvant, des amours perdus ou revenants, des photoshoots désabusés, déshabillés, désenchantés. De la tristesse, des cachetons, du glamour et des paillettes, des mensonges et des non-dits. Fort bien écrit, ce roman se lit à une vitesse incroyable malgré ces quelques cinq cent pages.

    Au final, on repense à Marilyn. Elle n’était pas folle : la folie n’existe pas. Au contraire, on créé la folie de toute pièce, et on absorbe tout un être pour le rendre prêt à s’écarteler. Pour que quelque chose craque. Quelque chose doit craquer, c’est bien cela. A découvrir, à aimer, à garder profondément dans son esprit. Car Marilyn n’était elle que lorsque Norma Jean le souhaitait, et au fond, bien que perdue, elle savait par avance sa destinée. Inachevée, mais intense.

    « Marilyn, Dernières Séances » de Michel Schneider Editions Folio Prix Interallié 2006

  • KENNA, Michael - Rétrospective BnF Paris

    kenna.JPGla BnF Richelieu consacrait une rétrospective à ce photographe voyageur anglais, installé aux États-Unis depuis plus de trente ans.

    La date de clôture étant imminente, j’ai profité d’une pause déjeuner pour faire un saut à l’exposition où étaient présentées plus de deux cents photographies rendant compte de l’œuvre que Kenna consacre depuis des années au paysage :
    univers urbains (Hong Kong, Dubaï, Shanghai, New York…), complexes industriels (dentellerie de Calais, centrale de Ratcliffe), campagnes bucoliques anglaises ou japonaises, parcs et jardins, bords de mer, de rivière ou de lac, sites patrimoniaux exceptionnels (Ile de Pâques, Mont Saint-Michel, Pyramides de Teotihuacan et de Guizeh)…

    Souvent nimbés de brume ou plongés dans l’obscurité, les paysages sont auréolés de mystère et de poésie. D’ailleurs, Kenna compare ses photos aux haïkus qui, malgré leur peu de mots, possèdent un grand pouvoir d’évocation, en laissant au lecteur le soin de remplir les vides.

    La « patte » de Michael Kenna : ses paysages sont exempts de toute présence physique humaine (et même animal, si ce n’est des oiseaux sur quelques rares clichés).
    L’existence de l’Homme est suggérée par défaut, dans la domestication de la nature, dans l’édification des monuments du passé, dans le peuplement des cités… Cette particularité donne aux clichés un caractère intemporel, comme si le temps était suspendu, qui ajoute à leur magie.

    Cerise sur le gâteau, Kenna possède un subtil sens de l’esthétique et joue divinement bien des lignes graphiques, des perspectives, des lignes d’horizon.

    Un très beau voyage au pays de la rêverie et de la contemplation que je prolonge de temps à autre en me plongeant au hasard des pages dans le catalogue de l’expo.

    Michael Kenna
    Sous la direction d’Anne Biroleau
    Éditions de la BnF (2009) - 230 pages

  • Le Canapé rouge - Michèle Lesbre

     

    rouge.JPGTout au long de son roman, Michèle Lesbre déploie une poésie, un goût de l'ailleurs magnifiques.

     L'auteur sait admirablement nous faire voyager. Cependant, son habitude de marteler le texte de citations, au gré des nombreuses lectures de son personnage, est quelque peu lancinante.

    De plus, Lesbre a l'habitude de parsemer son livre de phrases, certes fort habilement tournées, mais qui respirent le lieu commun, le déjà vu, le réchauffé.

    En parlant d'Igor : "Aujourd'hui encore, je continue de penser qu'il était un guide, un ange discret. N'avez-vous jamais croisé de ces êtres qui semblent ne pas se trouver sur votre chemin par hasard, mais par une sorte d'évidence si bouleversante que votre existence en est subitement transformée ?".

    Attention donc à ne pas sombrer dans une facile et désagréable mièvrerie. Ce que Michèle Lesbre évite de justesse, grâce au charme qu'elle a su conférer à ces deux femmes attachantes, et à ce dénouement aussi beau que tragique.

    Il résulte de ce roman une musique intéressante qui, malgré quelques fausses notes, a la qualité de rester en tête.

  • Pierre Guyotat, Carnets de bord...

    carnet.JPGA ceux qui croient, prédisent, préconisent, argumentent, théorisent, ordonnent, malhonnêtes, un art de la discontinuité temporelle et spatiale, faisant du passé un cagibi pourri à l’ampoule grillée ou un vaste manoir poussiéreux dont les chambres seraient inutiles, tristes et hantées, il manquait un jalon à toute une histoire de la littérature, en France, qui, de Rabelais à Villon, croisant Sade,  Rimbaud et Céline, se terminait à Bataille, au mieux embrassait les éclats saignants et pétales de rose d’un Jean Genêt, faisant de Lautréamont et d’Artaud les derniers soleils révulsés d’une imagination atroce, et n’ayant désormais pour seul horizon politique, esthétique, caricatural parfois, que l’Amérique sous acide et béante d’une noirceur éthylique, d’un Burroughs adorateur de garçons sauvages ou d’un Bukowski  seigneur-jouisseur de comptoir de bistrot.

    Il manquait un nom à porter sur cette trame bouillante qui fait s’entrecroiser l’art et la vie dans ce qu’ils ont de plus incendiaire et cruel : le réalisme macabre et la dramaturgie obsessionnelle, fiévreuse, érotique.

    L’œuvre de Pierre Guyotat, comble cette lacune étrange qui voudrait que l’actualité du monde se fasse en langue anglaise ou qu’une partie de l’histoire de l’Europe, ni totalement blanche, ni totalement exempte de crimes à l’égard de ses voisins, se dérobe au fait littéraire. Pierre Guyotat, dans un style âpre et concis qui est le sien, dans une matière ou une texture archaïque, livre le visage d’une horribilité de la condition humaine, d’une dramatique insoutenable, d’une crudité des rapports sadiques qui est le thème des plus épaisses littératures. En cela, j’ose exprimer qu’il y a une profonde continuité entre ces écrits et le temps, entre ces écrits et l’époque ancienne, entre ces écrits, bien sûr, et le monde contemporain.

    Ce sont les précieux Carnet de Bord, édités par Lignes et Manifestes en 2005, qui nous font le mieux saisir ce que cette démarche littéraire a, à la fois, de complexe et d’imposant. Une exigence obstinée d’être autant dans le réel et le chez-soi donne à ces pages un esprit de méthode de même qu’une tension rare, une tension précieuse, une tension souveraine, celle des meilleurs témoins ou commentateurs, dont la vivacité intense se heurte au dégoût, dont la capacité dévorante d’amour se brise sur la haine ou la rage. Et ceci ne serait rien encore, si l’on avait affaire à un narcissisme mondain ou d’une vanité pacotille, à un égo simplement enivré de lui-même, respirant la tiédeur des parfums vivaces comme les relents d’odeurs plus fraîches, liées au corps…

    La puissance d’un moi créateur renoue, ici, avec la capacité de s’ouvrir à l’universel : l’autre, en l’occurrence le non-moi, en l’occurrence le tabou de la guerre, en l’occurrence le tiers-monde, l’arabe, le prisonnier, le cadavre, l’animal, l’enfant, la chair torturée, la chair désirée, le jeune garçon mais aussi la femme.

    Alors qu’Eden Eden reste une expérience-limite en tant qu’acte de lecture insoutenable, doté d’une puissance stylistique vertigineuse, beauté somptueuse de l’écriture qui noie le voyeurisme dans un espace d’une profondeur irregardable, les Carnets sont à l’inverse d’une transparence liquide, à la façon d’un médaillon qui s’ouvre en deux parties : un versant abrupt et un versant plus tendre, plus accueillant, dans la mesure où la douceur du regard violenté est la clef des univers littéraires les plus mentalement, physiquement, violents.

    Alors que Le livre s’ouvre sur un objet, par définition, frustrant et, par nature, saturant, offrant une œuvre déchiquetée où les termes semblent hachés, coupés, mordus, sucés, exposés dans leur nudité impeccable par un auteur mi- présent, mi-invisible, les Carnets éclairent le regard du lecteur à force de répétition et de monstration monstrueuse, d’obscénités purifiées dans le grand jour.