Libris - Page 2

  • Céleste, ma planète - Timothée de Fombelle

    celeste-ma-planete.JPGLa comparaison avec l’ouvrage précédent de Timothée de Fombelle est tentante et je vais y céder !
    Les aventures de Tobie Lolness sont constituées de deux tomes de 340 pages, et comme dit ci-dessus, le jeune adolescent nous entraine dans ses aventures, au cours desquelles, nous sommes sensibilisés à l’écologie.


    Céleste, ma planète nous propose exactement l’inverse : par l’épaisseur du livre d’abord : seulement 90 pages en petit format et en grosses police d’écriture. Par le contenu ensuite : ce petit livre ne tient que par le message écologique qui le traverse de bout en bout. L’histoire des deux adolescents n’est qu’un prétexte, une sorte de parabole d’une humanité qui prendrait soin de sa planète.
    Le message de développement durable y est tellement omniprésent que ce petit ouvrage semble presque être une œuvre de propagande écologique destinée à la jeunesse !

    Autant nous avons aimé Tobie Lolness, dont le message est aussi fort que l’aventure est palpitante, autant nous avons été déçus par Céleste, ma planète dont la rengaine déjà omniprésente dans nos sociétés nous écœure un peu.
    Timothée de Fombelle a néanmoins une écriture très agréable à lire et l’idée de ce court roman est originale.

    Céleste, ma planète - Timothée de FombelleEdition Gallimard Jeunesse, colllection Folio Junior

     

  • Coffret : La littérature française du Moyen-Âge au XVIIe siècle, Michel Butor

    litterature(fancaise-moyen-age-butor.JPGMichel Butor commence par une introduction sur l’origine du découpage de la littérature par siècle. Selon l’auteur, il est impossible d’étudier une littérature de manière isolée, notamment la littérature française, car elle est perpétuellement en contact avec des littératures étrangères. La littérature française fait partie d’un « tout », entre la culture antique du passé et la culture européenne qui lui est contemporaine.

    Le Moyen-Âge n’est pas vraiment perçu dans ce découpage par siècle, c’est un mouvement continu, bien que l’époque ait connu de nombreux bouleversements. Avant le XVIe siècle, il y avait un problème de langue et de traduction, car le Français moderne n’existait pas encore. Le livre d'histoire du Moyen-Âge est un récit en vers situé dans l’Antiquité ou dans le monde  celtique, avec les Chevaliers de la Table Ronde ou la quête de Graal. La production poétique de l’époque est énorme et est très liée à la musique.(Guillaume de Machaut). Au XVIe siècle, les textes sont également émaillés de citations latines et grecques. Le plurilinguisme est notamment utilisé par deux grands auteurs français : Montaigne et Rabelais.

    Dans l’anthologie qui accompagne le coffret, Michel Butor a choisi des textes de Rabelais, Montaigne ou Ronsard. Alors que la lecture des premiers extraits est impossible sans les notes qui les accompagnent, le lecteur voit l’évolution de la langue en seulement un siècle, lorsque les écrits choisis par l’auteur se rapprochent beaucoup de la langue française telle que nous la parlons de nos jours.

    Le XVIIe siècle est un siècle classique, les auteurs et artistes ayant été pris comme modèles au XVIIIe et XIXe. Le roman se développe avec deux sortes de textes : des histoires d’amour dans une campagne bucolique, et des histoires de bandits et de crime.

    La deuxième moitié du siècle est caractérisée par une inquiétude générale du fait des guerres religieuses, des changements mondiaux… et pour assurer une certaine stabilité politique, le Cardinal de Richelieu va imposer le français au peuple pour mieux les gouverner. Talleyrand va avoir un rôle prépondérant dans les affaires du royaume.  L’Académie Française est créée pour unifier le langage et créer dictionnaire et grammaire. Michel Butor évoque ensuite Louis XIV, à qui les écrivains vont s’efforcer de plaire… sauf un, qui va garder sa liberté : La Fontaine.

    Pour ce siècle de littérature, l’auteur a sélectionné différents extraits, des Mille et Une Nuits à de Fontenelle avec ses Entretiens sur la pluralité des mondes, en passant par La Princesse de Clèves et le théâtre de Racine.

    Difficile exercice que de vous parler de ces CD sans tout raconter, tant le discours de Michel Butor est passionnant. D’une voix calme et douce, il donne un cours que tout le monde peut comprendre, car il prend soin d’expliquer, non seulement les caractéristiques de la littérature, mais aussi celles de l’époque. L’auteur place la littérature dans son contexte, ce qui permet d’avoir une vue d’ensemble initiale qui aide ensuite le lecteur – l’écouteur -à mieux ensuite comprendre les détails de l’évolution de la littérature.

    C’est génial, c’est super. La littérature du Moyen-Âge au XVIIe ne parle pas à tout le monde – en tout cas, pas à moi, mais j’ai pris énormément de plaisir à apprendre les origines de notre culture littéraire. J’attends avec impatience de démarrer le XVIIIe et le XIXe, que les gens connaissent généralement un peu mieux !

    Petite histoire de la littérature française, de Michel Butor, éditions Carnets Nord, 1 livre de 146 pages + 1 DVD + 6 CD audio

  • Le mec de la tombe d’à côté / Katarina Mazetti - FIN

    mec-de-la-tombe-a-cote-2.JPGLa sortie en poche du Mec de la tombe d’à côté ne m’a pas davantage inspiré d’envie d’achat. Oui, je l’avoue honteusement : je suis à ce point sensible aux couvertures. C’est bête, mais ce cœur rouge diablement cucul a fait figure de second prétexte pour me tenir à distance de ce roman… Jusqu’à ce que deux autres personnes de mon entourage me tombent dessus et me répètent à nouveau que je ne savais pas ce que je manquais…

    Je l’ai donc emprunté du bout des doigts, comme on saisit un mouchoir usagé qui n’est pas le sien.

    Quand j’ai entrepris d’ouvrir ce bouquin, j’ai vu mes poils se hérisser de détresse en lisant sur la couverture que Katarina Mazetti était Suédoise. Certaine d’être confrontée à un humour de genre pénible tel que celui d’Arto Paasilinna (écrivain scandinave) dont j’avais détesté la prose, j’ai commencé la lecture de ce roman avec la motivation d’un cochon qu’on dirige à l’abattoir…

    Et puis, forcément, je me suis rendue compte combien j’avais été stupide tant ce roman si redouté regorgeait de qualités !

    Désirée et Benny y sont tous deux narrateurs de leur histoire. Leurs voix s’alternent de chapitre en chapitre. Cette démarche permet bien évidemment de connaître le point de vue de chacun, mais aussi de s’attacher, en tant que lecteur, aux personnages : des êtres sincères et authentiques qui ne trichent ni avec eux-mêmes ni avec les autres.

    Jusqu’où des êtres que tout oppose sont-ils capables d’aller pour rejoindre l’autre ? Peuvent-ils s’aimer et se comprendre durablement ? Est-il possible pour Désirée – la citadine – et Benny – le paysan – d’envisager une vie commune, donc de renoncer à la vie qu’ils se sont construite, sans faire preuve d’abnégation? Telles sont les questions qu’aborde ce roman.

    Sans (trop) verser dans le pur cliché, Katarina Mazetti traite ici d’un problème grave avec une légèreté et un humour  à la fois cru, subtil et mordant. De très nombreux passages de ce livre me restent en mémoire, et ce, pour mon plus grand plaisir !

    En définitive, Le mec de la tombe d’à côté est un roman malin, jubilatoire, tendre, juste et addictif !

    Un bon bol d’air frais !

  • Le mec de la tombe d’à côté / Katarina Mazetti

    mec-de-la-tombe-a-cote.JPGDésirée est une bibliothécaire carriériste qui s’abreuve de culture. Elle vit dans un appartement immaculé et tendance dont elle a fait l’acquisition avec son époux récemment décédé, et enrage que ce dernier ait trépassé avant de lui avoir permis de connaître les joies de la maternité.

    Benny, un fermier terre-à-terre, vit au rythme de ses vaches et a un emploi du temps chargé qui lui laisse relativement peu de marge de manœuvre. Il séjourne dans une rustique maison assez mal entretenue depuis la mort de sa mère, et rêve d’une femme qui l’épaulerait dans son travail, s’occuperait du ménage et lui ferait des enfants.

    Désirée et Benny n’ont pour seuls traits communs que d’être trentenaires, célibataires et d’entretenir dans le même cimetière le lopin de terre de leurs morts respectifs.

    Au début, chacun se laisse aller à de nombreux préjugés sur l’autre. Tout y passe : l’attitude, l’apparence, les habitudes, les goûts en général.

    Qu’on se le dise, ils se détestent, et pourtant, un jour, un concours de circonstances va les amener à se sourire mutuellement…

    Ce sourire échangé va générer une profonde métamorphose dans la vision qu’ils ont l’un de l’autre et mettre subitement fin à leurs a priori. Plus que ça, ils vont être les proies d’une ruade de sentiments encline à les attirer l’un vers l’autre. C’est ce qu’on appelle un coup de foudre.

    A l’amorce de leur relation, le mot « passion » prend sens pour Désirée et Benny. Légers, ils se croient redevenus adolescents, mais les premiers nuages ne tardent pas à survenir en raison de leurs divergences fondamentales.
    Katarina Mazetti illustre un choc culturel spectaculaire…

    Mon entourage m’a houspillée pour que je lise ce livre dès sa parution. C’est ma maman qui a commencé. L’ouvrage qui était en sa possession était paré de pages roses  et j’ai pris peur en apprenant qu’il mettait en scène une bibliothécaire : sans le savoir, je me suis, comme Désirée et Benny à leurs débuts, armée de puissants préjugés en considérant dès la première seconde qu’un roman rose ne pouvait que discréditer le métier de bibliothécaire

     

  • Avis sur le livre : « Les poissons ne connaissent pas l’adultère » de Carl Aderhold

    poissons-ne-connaissent-pas-adultere.JPGCarl Aderhold est l’auteur de Mort aux cons, roman que je n’ai jamais été tentée de lire pour son côté un peu trop provocateur : un tueur qui assassine les cons. Je me dis qu’on est toujours le con de quelqu’un et qu’on peut donc toujours être la victime potentielle d’un tel meurtrier. Par contre, le sujet de ce roman me tentait plus et j’y ai vu l’occasion de découvrir ce romancier. Cependant, et c’est rare pour le souligner, une fois la dernière page tournée, je n’arrive pas à me faire une opinion tranchée. Je m’explique. La lecture de ce roman est plaisante, je peux même dire que c’est assez rafraîchissant. Pourtant, je n’ai pu m’empêcher de ressentir de l’ennui et ce pendant une bonne partie du récit. C’est vrai que c’est joyeux, vaudevillesque, le mari de l’une cherche à séduire toutes les femmes, pendant que Julia essaie de prendre dans ses filets Vincent, l’intellectuel timide. Celui-ci, qui n’a jamais trompé sa femme, est attendrissant dans ses maladresses, d’autant plus que sa femme est un véritable dragon. Mais malgré tout, je ne dois pas être bon public pour ce genre car je me suis vite lassée de toutes ces frasques.

    En ce qui concerne les personnages, je suis aussi un peu mitigée et ennuyée. D’une part, je reconnais le côté attendrissant et charmant de Julia, Vincent ou encore Germinal, le contrôleur. Mais pour moi, l’ensemble frôle un peu la caricature. Julia, caissière un peu vulgaire (du moins vue ainsi par les autres) mais sympathique, enjouée et sociable. Vincent, l’intello timide, passionné par ses bestiaires médiévaux. Muriel, l’épouse acariâtre et revêche, toujours prompte à faire une scène, à un tel point que finalement, le lecteur a envie que son mari la quitte. Nicolas, le professeur d’université imbu de lui-même et infidèle. Et je ne parle pas de certains autres personnages, sous peine de dévoiler une partie de l’intrigue. Seule Colette et Germinal créent la surprise !

    Au final, je ressors avec un avis un peu mitigé de cette lecture. Car malgré tout ça, je dois reconnaître que j’ai aimé ce roman, qui se lit d’une traite. Et que j’ai passé un bon moment à sa lecture. L’écriture de Carl Aderhold est enlevée et son imagination sans limites.

  • Les vierges et autres nouvelles - Irène Nemirovsky

    vierges.JPGIrène Némirovsky, remarquable romancière de l’entre-deux-guerres, trop tôt disparue à Auschwitz en 1942, nous offre un vrai régal de lecture avec ce recueil de douze nouvelles. Dans un style alerte, avec une lucidité teintée d’ironie et d’humour, ces textes frappent par la justesse du ton, des dialogues... c’est tellement juste, tellement vrai ! Irène Némirovsky sonde l’âme humaine, la met à nu. Les sentiments qu’elle décrit sont universels. La chute de chaque nouvelle nous laisse pantois. Pour Irène Némirovsky, il est vain d’esquiver nos faiblesses, mieux vaut les regarder en face.

    Premières phrases d’une nouvelle : « Le temps nous durcit ; il nous fige dans une attitude qui tout d’abord a pu être le simple effet d’un hasard et non d’un choix ou de quelque impérieuse nécessité intérieure.

    Lorsque mes fils me laissent seule : « Oh, maman ne s’ennuie jamais », assurent-ils. « Maman ? Donnez-lui son tricot, le coin de son feu et les comptes de la bonne, elle est parfaitement heureuse... »

    Une lecture très riche.