Libris - Page 3

  • Notre-Dame des loups d'Adrien Tomas

    loup.JPGTrès loin de l’univers des Six royaumes, Adrien Tomas nous entraine cette fois en plein 19e siècle, au cœur de l’ouest sauvage et glacé. L’auteur fait revivre sous sa plume, en quelques traits précis, les grands moments du western : les étendues désolées, le cri des colts, un monde âpre et brutal…
     
    Nous y suivons une troupe de veneurs, lancés dans la traque sanglante et impitoyable de la Dame, la mère de tous les loups-garous. En poursuivant ses rejetons, ils sont tombés sur sa trace et sont bien décidés à ne plus la lâcher. C’est un combat à mort, pour eux comme pour elle. Il ne peut y avoir qu’un vainqueur.
     
    La vénerie est un sacerdoce, et une fois que l’on entre dans ses rangs, c’est pour toujours. Les sept protagonistes qui portent le roman sont des êtres troubles, durs et marqués par la vie. Ils nous offrent tous un visage différent et des motivations personnelles pour s’être joint au groupe. C’est petit à petit que nous apprenons à les connaître, et c’est passionnant de les découvrir.
    Grâce à ces personnages riches et très bien caractérisés, ce court roman se dévore d’une seule traite. On ne s’ennuie pas une minute avec cette aventure rythmée et efficace. La construction, particulièrement habile, est au service du récit.
     
    La tension est omniprésente et le final, jubilatoire !

  • Quitter le monde - Douglas Kennedy

    douglas.JPGLa protagoniste du dernier Kennedy est une jeune femme comme tant d’autres, mais l’auteur excelle à nous la rendre à la fois proche et unique. Marquée par une histoire familiale douloureuse, Jane Howard se réfugie dans l’étude, réussit brillamment à Harvard, se bat ensuite contre l’adversité dans le domaine de la finance comme dans le milieu universitaire et semble vouée à vivre des relations sentimentales dont elle sort meurtrie ou désabusée...

    Puis la voilà frappée par le sort plus cruellement que jamais...

    Sommes-nous le jouet du destin ou bien avons-nous le pouvoir de donner un sens à notre vie ? Avec ce style si efficace dans sa simplicité et sa fluidité, Kennedy nous invite à méditer sur la question, ne dédaignant pas, comme à son habitude, de nous donner à voir les travers de l’Amérique d’aujourd’hui.

  • L'histoire d'un mariage - Andrew Sean Greer

    mariage.JPGVoici l'histoire du mariage de Pearlie Cook, qui, jeune femme, a épousé son amour d'adolescente, Holland, et ceci malgré les avertissements des vieilles tantes de Holland qui la conjurent d'y renoncer. Pearlie et Holland ont un fils, Sonny, atteint de polio, un chien muet, et une maison dans un quartier calme au bord de l'océan. Tout paraît simple et paisible jusqu'au jour où un ami de régiment de Holland, Charles Drumer, apparait dans leur vie et en modifie le cours...

    Pearlie, dans ce roman lumineux, bien construit, avec une touche de mystère, d'incertitude, porte un regard lucide et tendre sur son mariage, un peu comme une mélodie jouée au son d'une violoniste de mariage parisienne ...

    L'intérêt du roman réside également dans la description de l'Amérique des années 50, une Amérique conservatrice et puritaine. C'est l'époque de la guerre de Corée, du MacCarthysme...Andrew Sean Greer fait allusion à l'exécution du couple Rosenberg, au patriotisme culte, à la ségrégation.

  • Le manuscrit perdu de Jane Austen

    austen.JPGEn commençant ce livre, je m'attendais à lire une enquête à la recherche du manuscrit perdu de Jane Austen. Je pensais me retrouver confrontée à des énigmes, découvrir des indices mais en fait pas du tout. Le manuscrit est trouvé très rapidement, un peu trop facilement d'ailleurs. J'espérais que les personnages allaient quand même un peu plus galérer à trouver le manuscrit. Du coup, on se retrouve avec deux histoires en une, le manuscrit de Jane Austen et l'histoire dans le présent.

    En ce qui concerne les "vrais" personnages, je dois dire que je n'ai pas forcément accroché avec Samantha. Je n'ai pas forcément compris son attitude en général, sa relation avec Stephen, bref je n'ai pas vraiment réussi à m'identifier à ce personnage. J'ai trouvé les réactions de Stephen un peu excessives et j'ai eu du mal à cerner Anthony. Si les personnages dans le manuscrit sont très bien travaillés, j'ai trouvé que ceux dans le présent avaient été un peu négligés. Ceci est peut-être dû au fait que le manuscrit occupe la plus grande partie du livre.

    Par contre, j'ai vraiment apprécié le manuscrit. Je ne suis pas une grande experte de Jane Austen mais j'ai trouvé que l'auteur avait plutôt bien réussi à imiter son style. Les personnages étaient bien travaillés, l'intrigue bien ficelée, le style agréable à lire. La partie manuscrit est vraiment une réussite pour moi, dommage que l'autre partie du livre ne soit pas à la hauteur. Finalement, même si je m'attendais à quelque chose de complètement différent j'ai apprécié la lecture de ce livre grâce à la qualité du manuscrit.

    En bref, une petite histoire sympathique avec une bonne imitation du style de Jane Austen. La qualité un peu moindre de l'histoire au présent gâche un peu le rendu final.

    Le manuscrit perdu de Jane Austen, Syrie James, Editions : Black Moon

  • La logeuse - Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski

    dostoievski.JPG Le jeune Ordynov est un noble sans le sou, menant une solitaire dédiée à ses études et sciences et à la recherche d'un logement de fortune. Son introversion, choisie au départ le rend de plus en plus malade et il est totalement dépassé par ses sentiments qu'il n'arrive pas à canaliser. Un jour sa vie bascule quand il rencontre dans la rue une jeune femme du nom de Catherine (ou Katérina, selon les traductions) et décide de la suivre. Arrivé à son logement il décide de peu à peu s'y imposer en tant que locataire. Catherine y vit avec un certain Mourine, un homme plus âgé et bien mystérieux, un vieillard étrange, moitié brigand, moitié saint qui, par la force de sa volonté, la tient enchaînée à lui.

    Mais la jeune femme, avide de liberté et d'amour, cherche en Ordynov un complice : elle lui conte son histoire, histoire compliquée faite d'héroïsme, de sang et d'élans mystiques. La passion s'empare peu à peu de ces deux êtres. Mais la jalousie de Mourine va peu à peu éloigner Ordynov de ce foyer. Son ami le commissaire Iaroslav Illitch lui racontera plus tard la véritable nature du couple Mourine-Catherine, nature dont Ordynov était loin de se douter.

    Ecrit dans les années 1846-1847 et publié pour la première dans "Les Annales de Patrie" entre octobre et décembre 1947, La logeuse de l'écrivain russe Fédor Dostoïevski est un court roman qui reprend les thèmes essentiels chers à l'auteur: passion maladive, religion, errements de l'âme, ambiguités relationnelles, subtile analyse des tourments de l'âme humaine..., tous parfaitement imbriqués dans un récit qui pourtant n'atteint hélas guère la qualité des autres oeuvres, plus connues, de l'auteur. Avec uniquement ses trois à quatre personnages, le roman manque un peu de profondeur et d'étendue, sachant que généralement chez Dostoïevski l'intérêt provient généralement des personnages secondaires, ici absents. De plus l'histoire a quelque peu de mal à décoller et le lecteur n'accroche que très difficilement.

    Même s'il ne fait pas partie des meilleurs, un intérêt réel subsiste cependant toujours comme dans tout livre de l'auteur, et cela principalement par son écriture.

     La logeuse  - Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski - 1847

  • Les cygnes sauvages de Kenneth White

    kenneth-white.JPGDans ce récit, encore une fois Kenneth White fait la démonstration qu’il faut rester attentif, et savoir se poser des questions. Un exemple: le cygne a toujours été représenté, depuis Buffon, comme étant apprivoisé et flottant sur un bassin. Raison pour laquelle nous n’imaginons le cygne que flottant. Or le cygne est sauvage, il vole, et serait même «l’un des grands voyageurs du monde.» Comme quoi on peut se laisser abuser…

    Et c’est toujours Buffon, le XVIIIe, les «philosophes», la «philosophie naturelle», cette discipline généraliste qui existait avant les spécialisations, «où l’attention se portait sur un questionnement total, ainsi que sur la recherche d’une appréhension, d’une compréhension globale du monde » qui renvoient bien évidemment au concept de géopoétique de kenneth White.

    Selon Buffon le cygne serait un «farouche voyageur du monde» et vivrait «en paix avec la Nature.» Le voyage, la rencontre, l’autre, le monde, la paix, la nature: je me demande si nous n‘avons pas ici les notions de base de la géopoétique…et qu'il reprendra dans une apocalypse tranquille

    Géopoétique ?

    Une notion pas toujours facile à appréhender, croit-on. En fait ça n’est pas compliqué. Ça part d’un constat: la civilisation du progrès ou «autoroute de l’Occident» a montré «qu’elle ne mène pas nécessairement à quelque chose de formidable». Tout est loin d’être intéressant ni enrichissant. On peut même dire que coté culture et coté civilisation, les modèles se sont effondrés. Des «nomades intellectuels» (Nietzsche, Rimbaud…) ont tenté de quitter l’autoroute, de suivre d’autres chemins, de faire entendre d’autres voix.

    K.White propose de continuer, de déambuler de territoire en territoire, de s’écarter des sentiers battus, de «nomadiser», de partir à la rencontre des autres, de s’ouvrir au monde, ce qui permettrait de mieux connaître, de mieux sentir les choses, de voir ailleurs et dans toutes les cultures ce qui est valable et qui pourrait être une autre voie pour l’homme. A la question: comment vivre sur la terre (géo), les pieds sur terre – «c’est la vie sur terre qui m’intéresse», dit-il –, K. White propose de chercher les réponses dans la culture, la beauté et l’étrangeté du monde, sa «poétique», en s’ouvrant au monde, en «élargissant», en renouant les contacts entre les humains, voire avec le non-humain: la nature.

    Le but de la géopoétique est l’épanouissement de l’être, ici sur terre.