Libris - Page 6

  • SF : Nova de Samuel Delany

    nova.JPGL'histoire : Deux familles s'affrontent pour avoir le plus d'influence sur les différentes planètes, lunes, terres et étoiles qui forment maintenant le monde. Va s'en suivre une bataille infernale à la poursuite d'une Nova, de là viendra tout le pouvoir...

    Un genre très nouveau pour moi, et j'avoue que plus d'une fois j'ai décroché en me disant "bon reprenons, mais de quoi parlent-ils donc?", les passages techniques sur les énergies, les astronefs et que sais-je encore m'ont particulièrement propulsée dans un univers plein de brume.

    Par contre, le fond est plutôt commun à un roman de littérature plus générale, les mêmes questions se posent : le pouvoir des mots et de l'imagination, la liberté, le pouvoir et la conquête, les élites et les laissés pour compte.

    Ce qui est amusant dans la science-fiction, c'est que l'on a plus aucun repère. Un exemple, "ah on va à Paris, mince, c'est trop près de l'Australie, je risque de tomber sur ma femme" (bon, c'est retranscrit avec mes mots, mais la situation est la même) - enfin bref, il faut se ré-habituer à tout un fonctionnement.

    Ce fut une bonne expérience (oui oui, quand même), mais la science-fiction, c'est pas pour moi (ce genre de science-fiction du moins).

    Nova de Samuel Delany (LGF - Livre de Poche, 1988, 344 pages)

     

  • Le Canapé rouge - Michèle Lesbre

     

    rouge.JPGTout au long de son roman, Michèle Lesbre déploie une poésie, un goût de l'ailleurs magnifiques.

     L'auteur sait admirablement nous faire voyager. Cependant, son habitude de marteler le texte de citations, au gré des nombreuses lectures de son personnage, est quelque peu lancinante.

    De plus, Lesbre a l'habitude de parsemer son livre de phrases, certes fort habilement tournées, mais qui respirent le lieu commun, le déjà vu, le réchauffé.

    En parlant d'Igor : "Aujourd'hui encore, je continue de penser qu'il était un guide, un ange discret. N'avez-vous jamais croisé de ces êtres qui semblent ne pas se trouver sur votre chemin par hasard, mais par une sorte d'évidence si bouleversante que votre existence en est subitement transformée ?".

    Attention donc à ne pas sombrer dans une facile et désagréable mièvrerie. Ce que Michèle Lesbre évite de justesse, grâce au charme qu'elle a su conférer à ces deux femmes attachantes, et à ce dénouement aussi beau que tragique.

    Il résulte de ce roman une musique intéressante qui, malgré quelques fausses notes, a la qualité de rester en tête.

  • Pierre Guyotat, Carnets de bord...

    carnet.JPGA ceux qui croient, prédisent, préconisent, argumentent, théorisent, ordonnent, malhonnêtes, un art de la discontinuité temporelle et spatiale, faisant du passé un cagibi pourri à l’ampoule grillée ou un vaste manoir poussiéreux dont les chambres seraient inutiles, tristes et hantées, il manquait un jalon à toute une histoire de la littérature, en France, qui, de Rabelais à Villon, croisant Sade,  Rimbaud et Céline, se terminait à Bataille, au mieux embrassait les éclats saignants et pétales de rose d’un Jean Genêt, faisant de Lautréamont et d’Artaud les derniers soleils révulsés d’une imagination atroce, et n’ayant désormais pour seul horizon politique, esthétique, caricatural parfois, que l’Amérique sous acide et béante d’une noirceur éthylique, d’un Burroughs adorateur de garçons sauvages ou d’un Bukowski  seigneur-jouisseur de comptoir de bistrot.

    Il manquait un nom à porter sur cette trame bouillante qui fait s’entrecroiser l’art et la vie dans ce qu’ils ont de plus incendiaire et cruel : le réalisme macabre et la dramaturgie obsessionnelle, fiévreuse, érotique.

    L’œuvre de Pierre Guyotat, comble cette lacune étrange qui voudrait que l’actualité du monde se fasse en langue anglaise ou qu’une partie de l’histoire de l’Europe, ni totalement blanche, ni totalement exempte de crimes à l’égard de ses voisins, se dérobe au fait littéraire. Pierre Guyotat, dans un style âpre et concis qui est le sien, dans une matière ou une texture archaïque, livre le visage d’une horribilité de la condition humaine, d’une dramatique insoutenable, d’une crudité des rapports sadiques qui est le thème des plus épaisses littératures. En cela, j’ose exprimer qu’il y a une profonde continuité entre ces écrits et le temps, entre ces écrits et l’époque ancienne, entre ces écrits, bien sûr, et le monde contemporain.

    Ce sont les précieux Carnet de Bord, édités par Lignes et Manifestes en 2005, qui nous font le mieux saisir ce que cette démarche littéraire a, à la fois, de complexe et d’imposant. Une exigence obstinée d’être autant dans le réel et le chez-soi donne à ces pages un esprit de méthode de même qu’une tension rare, une tension précieuse, une tension souveraine, celle des meilleurs témoins ou commentateurs, dont la vivacité intense se heurte au dégoût, dont la capacité dévorante d’amour se brise sur la haine ou la rage. Et ceci ne serait rien encore, si l’on avait affaire à un narcissisme mondain ou d’une vanité pacotille, à un égo simplement enivré de lui-même, respirant la tiédeur des parfums vivaces comme les relents d’odeurs plus fraîches, liées au corps…

    La puissance d’un moi créateur renoue, ici, avec la capacité de s’ouvrir à l’universel : l’autre, en l’occurrence le non-moi, en l’occurrence le tabou de la guerre, en l’occurrence le tiers-monde, l’arabe, le prisonnier, le cadavre, l’animal, l’enfant, la chair torturée, la chair désirée, le jeune garçon mais aussi la femme.

    Alors qu’Eden Eden reste une expérience-limite en tant qu’acte de lecture insoutenable, doté d’une puissance stylistique vertigineuse, beauté somptueuse de l’écriture qui noie le voyeurisme dans un espace d’une profondeur irregardable, les Carnets sont à l’inverse d’une transparence liquide, à la façon d’un médaillon qui s’ouvre en deux parties : un versant abrupt et un versant plus tendre, plus accueillant, dans la mesure où la douceur du regard violenté est la clef des univers littéraires les plus mentalement, physiquement, violents.

    Alors que Le livre s’ouvre sur un objet, par définition, frustrant et, par nature, saturant, offrant une œuvre déchiquetée où les termes semblent hachés, coupés, mordus, sucés, exposés dans leur nudité impeccable par un auteur mi- présent, mi-invisible, les Carnets éclairent le regard du lecteur à force de répétition et de monstration monstrueuse, d’obscénités purifiées dans le grand jour.

     

  • Les rescapés du coeur de Nicholas Sparks

    sparks.JPGUn roman facile et agréable à lire. Les personnages sont attachants, j'ai particulièrement apprécié la relation entre la mère et son fils, c'est très émouvant. L'histoire d'amour entre les deux adultes est plus commune, sans réelle surprise mais j'ai tout de même aimé.

    C'est un joli livre pour ceux qui aiment les histoires un peu "fleur bleue" mais pas tant que ça !

     

     

     

     

    Les rescapés du coeur de Nicholas Sparks (Pocket, 2003, 381 pages)

  • Question de temps de Shashi Deshpande

    temps.JPGL'histoire d'une femme dont le mari, du jour au lendemain, décide de quitter, la laissant seule avec ses trois filles. Elles vont toutes aller vivre chez leur grand-parents, dans la maison familiale où le grand-père reste confiné dans sa chambre, où la grand-mère semble avoir des souvenirs mouvementés concernant son passé et plus particulièrement son mari, où l'aînée des trois filles va tenter de comprendre pourquoi son père est parti.

    Un livre intéressant où on assiste à l'histoire d'une famille suite au départ du père : la réaction de la mère qui arrive à rester stoïque, les filles qui réagissent chacune de leur façon. On a également les différents liens entres les personnages et leurs relations toutes aussi différentes : la distance entre les deux grands-parents, une relation étrange entre le grand-père et sa fille, le grand-père et la petite-fille... Le passé de la grand-mère intrigue avec tout le mystère fait autour de son mari.

    Une histoire simple qui relate des vies après un bouleversement, une histoire plaisante et intéressante.

    Question de temps de Shashi Deshpande (Philippe Picquier, 2007, 350 pages)