• Bêtes sans patrie d'Uzodinma Iweala

     

    Donnez une arme à un homme, il en sera transformé. Pour son premier roman, Uzodinma Iweala explore cette vérité aussi vieille que le monde. Dans une contrée d'Afrique sans nom et sans époque, le jeune écrivain américain nous plonge de manière fulgurante dans le quotidien et les pensées d'Agu, enfant devenu soldat malgré lui.

    Le regard est aiguisé, incisif. Les mots jaillissent comme le sang sous les coups de machette répétés. Dans un livre où la violence des massacres et des viols éclate à un rythme frénétique, la nausée guette à chaque page. Lorsque la peur se fait trop grande, le présent, insoutenable, Agu ferme les yeux et se remémore. Les journées d'école et les fêtes de village, les cérémonies religieuses, sa famille. Ces souvenirs fugaces d'un temps harmonieux hélas révolu sont comme une respiration, un appel d'air, la seule résistance possible. Et une suspension nécessaire dans le récit.
    Est-ce la puissance évocatrice de l'écriture qui donne à pénétrer l'imaginaire poétique de l'enfance ? Ou cette capacité à faire résonner les cris de rage, de douleur et de culpabilité d'une jeune âme meurtrie qui se croit contaminée par le mal et en quête de rédemption ? Reste que cette histoire, emplie d'humanité et de révolte, demeure un magnifique hymne lancé “à celles et ceux qui ont souffert”, à ces enfants du monde, soldats et esclaves de la guerre, qui devinrent un jour chair à canon et “bêtes sans patrie”. Bouleversant.

    Bêtes sans patrie d'Uzodinma Iweala, Editeur : L’Olivier, Publication :21/8/2008